L’essentiel (on met les pieds dans le plat !)

Participer : prendre part.
Permettre la participation : donner un rôle aux individus dans une prise de décision affectant une communauté.

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Vouloir faire "participer" les résident-e-s est notre mission, car il s’agit de les rendre acteurs et actrices de leur vie. Mais c’est un exercice compliqué, qui comporte moult écueils.
"La dictature c’est "Ferme ta gueule, la démocratie c’est "Cause toujours" : il s’agit de ne pas rendre les résident-e-s aussi cyniques et désabusés que Woody Allen...

Selon Philippe Meirieu, c’est le "faire ensemble" [qui] fonde le "vivre ensemble". Le FJT est le cadre idéal pour s’investir dans une vie collective, pour participer, prendre sa part. Mais encore faut-il que nous en laissions la possibilité aux résident-e-s, que nous leur en laissions réellement la possibilité. Cela implique pour nous de prendre des risques, d’abandonner un peu de notre pouvoir, de faire confiance et d’accepter qu’ils ne seront pas parfaits.
Il s’agit de ne pas transformer la démocratie, comme le dénonce Noam Chomsky, en "fabrique du consentement". "Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changement". Eh bien si, en FJT, nous pratiquons la citoyenneté, la vraie !

Le CVS : un outil pour l’implication citoyenne des résident-e-s

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Le CVS est une instance de démocratie représentative. Mais, au fait, qu’est-ce que la démocratie ?
Selon Paul Ricoeur, une société est démocratique quand elle se reconnait comme divisée. Une démocratie sans conflit, ce n’est pas une démocratie : car dans ce cas, ce n’est pas que le conflit n’existe pas, c’est qu’il n’est pas autorisé à se faire voir...

Si la majorité des FJT n’a pas attendu les obligations liées à la Loi 2002-2 pour mettre en place des organes de concertation, quels que soient leurs noms, mettre en place un CVS sans lui laisser le pouvoir de discuter (qui n’est cependant pas celui de décider), c’est faire perdre son temps à tout le monde, et, plus grave, faire perdre aux résident-e-s la confiance dans les "institutions" de la démocratie. Le résultat est alors contraire à celui escompté : on a apprit à nos résident-e-s que"la démocratie c’est "Cause toujours", et que les organes de concertation ne sont que de la poudre aux yeux...
Un autre écueil est que le CVS devienne une sorte d’association de consommateurs, dans lequel les résident-e-s dresseraient leurs listes de doléances. Mais la meilleure méthode pour les amener à se positionner de façon constructive est sans doute de les laisser co-construire !
À nous donc de faire des CVS de réels lieux d’exercice de la démocratie, de concertation et d’échanges !

Télécharger le décret du 27 mars 2004 portant sur les CVS (décret d’application de la loi 2002-2)

ÉLÉMENTS ISSUS DU GROUPE DE TRAVAIL SUR LE CVS :

(Constitué de membres des équipes socio-éducatives des FJT du réseau)

Poursuivre un objectif
Et non pas s’entêter sur un outil

Le CVS est une obligation légale pour tous les établissements régis par la loi 2002-2. Or les FJT ne sont pas des maisons de retraites ou des foyers de vie pour personnes handicapées (principales cibles de cette loi). Notre situation est très différente.

La loi propose :
- Un moyen : le CVS
- Pour atteindre un objectif : que la parole des « usagers » des établissements visés soit exprimée, entendue et prise en compte
Notre responsabilité est surtout de viser l’objectif défini par la loi : à savoir que les résidents aient la possibilité de donner leur avis, et que celui-ci soit pris en compte.
Si le moyen proposé par la loi pour atteindre cet objectif (le CVS) ne nous facilite pas l’atteinte de cet objectif, nous sommes libres de l’adapter, puisque le principal, c’est l’objectif, pas forcément le moyen !

En conséquence, notre mission est de créer un ou des cadres pour que les résidents puissent s’impliquer dans la vie du FJT, donner leur avis, et avoir leur part dans l’organisation du lieu où ils vivent.
Que ce soit sous la forme d’un CVS ou sous une autre forme, ce n’est pas vraiment l’important.

Si ça ne fonctionne pas...

On a deux possibilités (il y a une bonne et une mauvaise réponse…) :
- Soit on adapte l’outil pour qu’il convienne aux gens
- Soit on « force » les gens à s’adapter à l’outil...

Quand les résidents ne s’intéressent pas à une action que nous leur proposons, il est inutile d’en conclure que c’est de leur faute : « ils n’ont envie de rien, ça ne les intéresse pas et ça ne les intéressera jamais ». Si on en est à faire ce genre de conclusion, c’est qu’on a besoin d’une sérieuse cure de vitamine C…

Si une action ne fonctionne pas, il ne faut surtout pas rester en panne : c’est l’action qu’il faut remettre en question, pas les résidents.
Donc, si notre CVS ne fonctionne pas, c’est notre CVS qu’il faut remettre en question : comment imaginer un CVS qui suscite l’intérêt des résidents ?

Le terreau de la participation : la vie collective

La vie collective est un terreau pour la participation.
Sans vie collective, il paraît très difficile d’espérer mettre en place une quelconque participation.
Mais si une participation se met en place et se généralise, elle va nourrir à son tour la vie collective, et on rentre alors dans un cercle vertueux.
Il faut donc s’intéresser conjointement à ces deux questions : vie collective et participation.

Les différents niveaux de participation

On identifie 5 niveaux de participation.
Chaque niveau est légitime, et peut co-exister avec d’autres niveaux de participation.

En revanche, il est indispensable d’être clair sur le niveau de participation dans lequel on se situe : si on ne fait qu’informer d’une décision déjà prise, il ne faut surtout pas laisser croire que les avis pourront être pris en compte. Cela créerait une forte frustration chez les participants, qui se retournerait contre vous…

L’indifférence
L’action existe, indépendamment des participants

L’information
Les participants reçoivent une information. Même s’ils posent des questions ou font des remarques, le but n’est pas de récolter leur point de vue, mais de leur transmettre une information.

La consultation
On demande leur avis aux participants. Leur avis est pris en compte, mais la décision ne leur appartient pas.

La concertation, la négociation
On souhaite créer un débat autour d’une question. Le but est de travailler ensemble à la création de propositions de compromis. Mais la décision in fine n’appartient pas aux participants.

La co-décision
Les participants participent à la prise de décision

Prendre le risque de faire confiance aux résidents

On ne peut espérer une participation constructive des résidents que si nous leur faisons confiance, et qu’ils le sentent. C’est en faisant confiance aux résidents qu’on les positionnera comme « contributeurs », et non pas uniquement comme « consommateurs ».

En caricaturant un peu, on peut en effet identifier 2 types extrêmes de positionnement d’un participant à une négociation :

Le participant « consommateur », ou la frustration de l’impuissance.
- De son côté : un service lui est dû, et il est ici pour faire respecter ses droits. Il va se positionner en tant qu’opposant, et considérer qu’on ne prend jamais assez en compte ses demandes. Il est dans une situation d’impuissance, car il sent qu’il n’a pas de pouvoir ; il se débat donc pour qu’on prenne son avis en compte. Il est probable qu’il ne reconnaisse jamais les efforts que nous faisons, et ceux-ci ne lui sembleront jamais suffisants, car cela reviendrait pour lui à abandonner son positionnement en tant qu’opposant, et donc à abandonner ses revendications.
- De notre côté : il nous fatigue, il n’est jamais content, il ne fait que râler. Il est impossible à satisfaire, alors, quitte à ce qu’il ne soit pas satisfait, autant ne pas trop se compliquer la vie…
Situation de blocage et de frustration des 2 côtés

Le participant « contributeur », ou la prise de risque de (se) faire confiance.
- De notre côté :on lui faites confiance, on a un a priori positif sur le fait qu’il peut nous apporter qqch, et qu’il n’est pas qu’un grincheux. Du coup, on lâche un peu de votre pouvoir, pour le partager avec lui.
- De son côté : il va sentir qu’on lui fait confiance et, le plus souvent, il va tout faire pour être à la hauteur de cette confiance. Il va faire des propositions dans lesquelles il prendra notre point de vue en compte, ce qui facilitera la création de consensus.
C’est à nous de faire confiance et de prendre le risque de lâcher du pouvoir

Prouver par des faits que la participation n’est pas inutile

Les mots ne valent pas grand-chose. Pour prouver que la participation n’est pas inutile, il faut des actes.
Quand des résidents ont fait une proposition, il est indispensable de donner très rapidement une suite (que ce soit la réponse, ou la date à laquelle ils obtiendront la réponse, et pourquoi cette date et pas maintenant).

Si nous ne donnons pas une suite très rapide à l’investissement des résidents, on peut être certains qu’ils ne reviendront pas la prochaine fois. Il est de notre responsabilité de respecter le temps et l’implication des résidents, en leur donnant une réponse rapide.
D’autant plus qu’ils sont dans la majorité plutôt impatients…

Tester, changer, expérimenter de nouvelles idées. Ne pas rester bloqué sur un outil

S’il est difficile d’avoir des candidats, pourquoi ne pas faire un vote sans candidature (cf. méthodologie décrite dans les pages "Techniques d’animation" de ce site).

Si la méthode du vote ne fonctionne pas, parce que les résidents ne se connaissent pas entre eux et doivent donc choisir entre des inconnus, pourquoi passer par une élection (d’autant plus si on a du mal à avoir des candidats) ? Pourquoi ne pas ouvrir les réunions à ceux qui le souhaitent, sans passer par une élection ?

Si l’ordre du jour ne suscite pas l’intérêt des résidents, alors c’est l’ordre du jour qu’il faut changer (sauf si vous comptez changer les résidents !). L’idéal est de partir des préoccupations des résidents, entendues lors des conversations de couloir.

Etc, etc.