Autoriser le désaccord

Nous avons le plus souvent le réflexe de vouloir temporiser, effacer les désaccords.
Or notre rôle éducatif devrait être de prendre en considération les préoccupations des résident-e-s, ainsi que leurs désaccords.

Quand un jeune se plaint de ne pas trouver d’emploi à cause de son prénom, plutôt que de lui proposer de jouer au foot pour lui remonter le moral, parlons discriminations ! Organisons une soirée-débat avec la venue d’intervenant-e-s qui pourront apporter des éclairages sur cette question, et débattre avec les résident-e-s !

Un fonctionnement est démocratique s’il permet que les conflits soient exprimés.
Si les désaccords sont "interdits", c’est une dictature...

Pour que les résident-e-s, comme tout un chacun, se sentent autorisé-e-s à exprimer leurs désaccords, il faut qu’ils sentent qu’ils peuvent le faire. Dans le cas contraire, ils temporiseront eux-mêmes, s’auto-censureront, et nous, nous passerons à côté de notre mission d’éducateur-trice.
C’est typiquement le cas dans les CVS où seules les questions de la couleur des paillassons est mise en débat. Les résident-e-s, qui ne sont pas stupides, sentent bien que leur avis n’est pas demandé sur des questions plus stratégiques, et les débats restent au ras des pâquerettes, et très vite plus personne ne s’intéressera au CVS...

Et, pour que les résident-e-s se sentent autorisés à exprimer leurs désaccords, le meilleur moyen est sans doute l’exemplarité.
Si nous sommes nous-mêmes dans l’abnégation, si notre première préoccupation est de ne pas faire de vagues, il ne faut pas s’attendre à ce que les résident-e-s nous fassent part de leurs vagues à eux...
Donc, à vos désaccords ! La démocratie n’est pas une théorie, c’est une pratique : pratiquez-la, autorisez-vous à donner votre avis, à le faire savoir. Il ne s’agit pas de vous mettre en porte-à-faux professionnellement, mais de vous humaniser, de refuser d’être neutre sur tout, de n’avoir d’avis sur rien. Vous avez un avis sur ce qu’il se passe dans le monde, en France, dans le quartier. N’ayez pas peur de le dire, c’est aussi cela votre mission d’éducateur-trice. En revanche, vous n’êtes pas là pour convaincre : si vous donnez votre avis, c’est pour lancer le débat et autoriser les autres à donner leur avis à leur tour.
Osez ! Autorisez-vous !