L’essentiel (on met les pieds dans le plat !)

Quelques précisions

Le concept de « développement durable », naît dans les années 1970, et dans un contexte particulier :
- Le premier choc pétrolier (1973) (puis le second en 1979) :
Cela va renforcer l’idée qu’il faut sortir de cette dépendance au pétrole et aux pays pétroliers (l’OPEP, Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, compte 15 membres à ce moment-là).
- Une crise de la modernité :
Les notions de progrès et de modernité sont peu à peu remises en question et on peut aussi voir une perte de confiance, dont les prémices s’étaient déjà fait sentir après le traumatisme de la seconde guerre mondiale, mais qui avaient été temporisés par l’ivresse de l’après-guerre et des trente glorieuses.
De plus, tous les indicateurs montrent que les programmes de développement dans les pays du Sud ne fonctionnent pas.
L’idée même de développement est remise en question par des auteurs comme Gilbert RIST pour qui le développement est considéré par certains comme une sorte de religion qui ne peut donc être, ni critiquée, ni remise en question.
Le mot "développement" devient un mot-valise.
Le 20 janvier 1949, Harry Truman lors de son discours d’investiture pour son deuxième mandat à la Maison Banche déclare dans son point quatre : « Il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les avantages de notre avance scientifique et de notre progrès industriel au service de l’amélioration et de la croissance des régions sous-développées. »
Il popularise alors le terme « sous-développé » (qui renvoie à un classement des nations selon leurs richesses).
En 1952, Alfred Sauvy ainsi que Georges Balandier inventent le terme « Tiers-monde », publiquement utilisé pour la première fois dans un article de l’Observateur.
C’est une référence directe à la division tripartite de la société de l’Ancien Régime avec l’existence des trois ordres : La Noblesse, le Clergé et le Tiers-Etat. En pleine Guerre Froide, Sauvy et Balandier analysent alors le monde de façon analogue en le considérant divisé entre le Tiers capitaliste, le Tiers communiste et le Tiers-monde.
 

C’est le Rapport Brundtland ("Notre avenir à tous", 1987) écrit par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, qui fait pour la première fois mention de « sustainable development », traduit alors en français par « développement durable ».
Dans ce rapport figure la célèbre définition :

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs."


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Le développement durable a été défini comme comportant trois piliers :
- Le pilier "économie"
- Le pilier "environnement"
- Le pilier "social"
 
 
 
 
 
 
 

Controverses autour du développement durable, oxymore, croissance et décroissance .

C’est lors de la traduction du Rapport Bruntland (rédigé en anglais) qu’il va y avoir, dès le début, une controverse sur le sens de "sustainable development", assimilé à :
-"développement durable", au début l’emploi le plus courant.
-"développement soutenable", qui provient de la traduction canadienne.
Cette divergence de sens ne porte pas que sur la forme, c’est également deux différents "courants" qui s’opposent dans les moyens à mettre en place pour lutter contre le changement climatique et pour la préservation de la planète.
Guillaume Duval , montre les différences existantes dans l’article "Décroissance ou développement durable" où, face au changement climatique et aux catastrophes naturelles, il semble de plus en plus évident que notre système doit changer. On ne parle même plus de développement durable mais, de décroissance.
Il y a donc les partisans de la décroissance soutenable (pour qui les changements nécessaires passent par un changement radical de fonctionnement et donc un rejet de la société de consommation) et ceux du développement durable (l’économie et donc les services marchands peuvent réguler cette croissance irrespectueuse de la planète).
Guillaume Duval , pointe du doigt le fait que si les Pays du Sud sont contraints de ralentir leurs croissances et de diminuer leurs PIB, ce sont les services non-marchands de leurs sociétés, à savoir les sommes allouées au service public pour la construction des écoles, des routes, des hôpitaux, etc. qui vont en pâtir les premiers. Ces mesures prises dans une optique de protéger l’environnement affectent de plein fouet le développement du pays et surtout le volet "social".
En effet comme le montre Catherine Larrère dans La justice environnementale, prendre en compte la « dette environnementale » et préserver la planète est un luxe appartenant aux pays du Nord.


L’article "Le Développement durable en question" publié par Ritimo , nous permet de nous interroger sur le concept même de développement durable.
L’article reprend l’idée que le développement durable est un oxymore, idée partagée par :
-  Dominique PESTRE, (Développement durable : anatomie d’une notion, Nature Sciences Société ,2011), pour qui le terme est utile pour le Rapport Bruntland mais ignore la complexité des situations. Il reconnaît cependant que son existence permet aux politiques de mettre en place des actions grâce à cette institutionnalisation du concept.
-  Serge Latouche qui explique également dans L’imposture du développement durable ou les habits neufs du développement, qu’« On appelle oxymore (ou antinomie) une figure de rhétorique consistant à juxtaposer deux mots contradictoires, comme « l’obscure clarté ». Ce procédé inventé par les poètes pour exprimer l’inexprimable est de plus en plus utilisé par les technocrates pour faire croire à l’impossible. Ainsi, une guerre propre, une mondialisation à visage humain, une économie solidaire ou saine, etc. Le développement durable est une telle antinomie. »
 

Economie circulaire, tiers-lieux, tri et recyclage

Economie circulaire :

JPEG - 24 ko Concept économique lié au développement durable, l’économie circulaire provient du mouvement anglo-saxon « cradle to cradle (C2C) » littéralement : « du berceau au berceau ».
C’est une référence au fait que le produit dès sa sortie/naissance doit être pensé pour être facilement traité une fois « utilisé ». Il est donc réfléchi, dès sa conception, pour être recyclé après usage.
Le principe maître dans ce courant est le « zéro déchet » et surtout la transformation à la fin du cycle de vie en d’autres ressources réutilisables.

Et si vous souhaitez avoir quelques idées de ce qui a été réalisé selon le concept de l’économie circulaire dans la région, les différentes expérimentations sont répertoriées juste ici !
 
 
 
 

Tiers-lieu :

En 1989, le mot "tiers-lieu" vient de la traduction de "third place", terme inventé par l’américain Ray Oldenburg (The Great Good Place, 1989), qui cherchait à désigner un endroit qui ne serait ni le domicile, ni le travail, d’où l’idée de troisième lieu.
Dans ce concept trois dynamiques essentielles :
- un ancrage physique fort
- une approche culturelle nouvelle et qui sort de l’ordinaire
- une vocation sociale revendiquée
Le mot peut paraître assez flou dans sa désignation, mais c’est justement dans le but d’englober un maximum de concepts, tous différents les uns des autres.
Movilab en donne une définition assez claire :

"Lieux destinés à être des espaces physiques ou virtuels de rencontres entre personnes et compétences variées qui n’ont pas forcément vocation à se croiser. Mot chapeau au premier abord pour rassembler sous une même et grande famille les espaces de coworking (espace de travail partagé), les FabLab (ateliers de fabrication), les HackerSpace (laboratoire communautaire ouvert pour ceux partageant le même intérêt de l’informatique, de la technologie, des sciences, des arts) les Repair’Café (atelier café pour la réparation), les jardins partagés, etc. C’est ensuite devenu une marque collective où l’on pense ces singularités nécessaires, à condition qu’elles soient imaginées et organisées dans un écosystème global ayant son propre langage, pour ne plus être focalisé sur des lieux et des services d’infrastructure, mais vers l’émergence de projets collectifs permettant de co-créer et conserver de la valeur sur les territoires."

Exemples en Ile de France :
- Le projet PHARES (Pôle d’Hospitalité d’Activités à Rayonnement Ecologique et Solidaire) sur l’île Saint Denis : www.lephares.coop
Leur vision ? Créer un carrefour d’initiatives économiques et associatives partageant les mêmes valeurs de solidarité, d’innovation citoyenne et d’écologie.
- La coopérative Poincarré :
A Saint Denis également qui cherche à relancer l’économie et l’emploi dans cette région : www.pointcarre.coop
- Les Grands Voisins :
Ville éphémère dans le 14ème, à deux pas de Denfert Rochereau ! Pour y aller sans plus attendre : www.lesgrandsvoisins.org
 

Recyclage :

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Le recyclage peut être défini comme un ensemble de techniques ayant pour objectif de récupérer des déchets et de les réintroduire dans le cycle de production dont ils sont issus (Dictionnaire Larousse).
Le concept n’est pas nouveau car de tout temps nous avons cherché à réutiliser les choses ou les matériaux usagés pour en faire de nouvelles. Aujourd’hui, avec un volume de déchets qui a doublé entre les années 1980 et aujourd’hui, le recyclage est devenu primordial, non seulement pour lutter contre la pollution mais également pour préserver nos ressources naturelles qui ne sont pas inépuisables !
La première étape dans le processus de recyclage ?
C’est le Tri sélectif :)
 

Tri sélectif :

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Le tri sélectif permet de récupérer et de séparer les déchets selon leur nature afin de pouvoir éventuellement les ré-utiliser ou de traiter leur destruction correctement s’ils sont inutilisables. Cela nous permet de réduire notre empreinte écologique (et elle en a bien besoin :) .

Il n’est pas toujours facile de parler du tri, d’intéresser les résidents et de les impliquer dans ce genre d’activités. Nous en avons justement parlé dans cet article ;)

En cas de doute, la ville de Paris a listé juste ici toutes les consignes de tri et une application a même été développée :)
 
 
 
 

Des territoires et des comportements en Transitions :

Le mouvement dit "en transition" est un mouvement social qui a été popularisé en 2006 par la ville de Totnes (Grande Bretagne). Le concept est d’appuyer des groupes animant dans leurs communes une initiative de transition, c’est-à-dire un processus impliquant la communauté et visant à assurer la résilience dans le but de répondre aux problèmes environnementaux, notamment le pic pétrolier et le réchauffement climatique. Pour en savoir plus c’est par là :)

Alterconsommation :

L’alterconsommation, c’est privilégier les produits de consommation fabriqués dans des conditions respectueuses de l’environnement et des lois de protection du travail, comme les produits distribués dans le commerce équitable. Cela englobe l’éco-conception, les produits verts, bio ou issus du commerce équitable, ou encore, les services et placements éthiques.
Les alter-consommateurs estimés à 15/25% de la population française, voient dans chaque achat un acte politique où il est donc important d’être en adéquation avec ses convictions personnelles.
Une petite introduction au concept grâce à l’article de Libération du 31 octobre 2005, « Quand l’homo ecoalterus chasse l’homo consodebilus » :

Alimentation / Agriculture

L’alter-consommateur se positionne en fervent partisan de la slow food (par opposition au "fastfood"), et cultive un lien particulier avec l’agriculture, connexion nécessaire pour avoir accès au circuit court et à la production locale dans le but de développer la « reconnexion des zones urbaines avec l’agriculture ».
C’est donc le respect de l’environnement mais aussi le respect des conditions de travail pour les ouvriers et agriculteurs qui ont conçu et assemblé les produits que nous consommons.
Même avec les meilleures intentions du monde il est parfois difficile de réussir à naviguer à travers l’opacité des réseaux de production. Cependant la présence de certains labels institutionnels et officiels sur l’emballage d’un produit est toujours rassurante.
MesCoursesPourLaPlanète a répertorié et identifié plus de 60 pictogrammes et a coproduit avec le soutien de l’ADEME un Guide des Labels de la consommation responsables

Energies renouvelables

Préoccupation plus que médiatisée et pourtant peu prioritaire pour la France si l’on en croit le bilan dressé par Alternatives Economiques (2016) dans cet article court mais clair sur la réalité des mesures mises en place.

Monnaie locale

Période de crise économique, voir de crise tout court, les monnaies alternatives fleurissent autour de nous, symbole à la fois de rejet du système libéral mondial, de promotion des initiatives locales, ou encore désir de se différencier de la masse des consommateurs ordinaires. Bien loin des célèbres bitcoins, monnaie utilisée sur le darknet (et le deepweb), plusieurs localités ont développé leur propre monnaie d’échange, ( ce qui garantit également de ne servir que pour l’achat et la consommation de produits issus de circuits courts).
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C’est le cas par exemple de la Pêche, monnaie locale et citoyenne à Montreuil  :)
Attention cette monnaie s’utilise en complémentarité de l’€ et ne le remplace pas totalement !
Pour mieux comprendre le système et consulter l’ensemble des alternatives existantes, vous pouvez consulter la page des MLCC (Monnaies Locales Complémentaires Citoyennes)
 
Il existe également les Sytèmes d’Echange Local ( SEL), qui s’organisent selon une unité propre à un groupe fermé, dans le but de créer de la solidarité et du lien social entre ses membres. Seul l’échange est possible dans ce système et non l’épargne.
L’acronyme SEL est une référence au sel lui-même,monnaie d’échange à l’époque et également à l’origine du mot "salaire". On compte environ 600 SEL en France.
L’unité la plus connue est le temps, mais il en existe d’autres comme par exemple la monnaie fondante (dont le valeur se déprécie avec le temps) de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Industrie textile

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L’article de Collectif sur l’étiquette, Quel est le problème, met en lumière l’envers du décor des usines de la confection du prêt à porter et du quotidien qu’endurent ces ouvriers qui habillent la planète.
Le scandale du Rana Plaza (2013) n’est pas si loin et pourtant les victimes et leurs familles peinent toujours à faire entendre leurs voix.
En effet, ce type de réseaux est monté de telle façon que les grandes enseignes responsables (en l’espèce Mango, Primark, Benetton, Auchan, Carrefour et d’autres encore) ne traitent jamais directement avec les usines de confection. Cela leur permet de fermer les yeux et de prétendre "ne pas savoir" lorsqu’un scandale éclate mais cela ne les rend pas moins coupables et responsables des pratiques existantes dans ces entreprises !
Comment les grandes enseignes peuvent-elles se satisfaire de ces enquêtes de vérification des conditions de travail truquées et commanditées à l’avance ?
Il est bien évident que feu Erling Persson (fondateur d’Hennes & Mauritz, plus connu sous le nom d’H&M), pour ne citer que lui, n’a pas bâti un empire comptant plus de 2800 points de vente, implantés dans 53 pays différents en étant aussi naïf !
Ce que nous pouvons faire ? Etre des acheteurs informés, conscients et critiques, pour ne plus être leurrés par les grandes multinationales !


Dans cette émission de radio de RFI , on questionne justement la mode, l’éthique et l’industrie textile, avec :
- Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Ethique sur l’Étiquette
- Hélène Sarfati-Leduc, consultante indépendante en Développement Durable auprès d’entreprises de la Mode, de l’Habillement et du Luxe
- Laura Chantebel, cofondatrice de « Fibre Bio », marque de textile éthique et bio qui sous-traite en Inde (en Duplex à Nantes).
A écouter juste ici !


L’association Sherpa dont le siège est basé à Paris œuvre pour mettre le droit au service du développement ainsi que ses compétences et son savoir-faire juridiques au service de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (ODM). Elle propose une assistance juridique, un service de recherche et de plaidoyer ainsi qu’un pôle sensibilisation et formation.
Leur site : www.asso-sherpa.org/accueil


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Tout comme pour les labels bio et éthiques des produits d’alimentation, il n’est pas toujours simple d’y voir clair lorsque l’on souhaite acheter des vêtements conçus dans des conditions décentes.
WWF a heureusement publié ce petit guide pour nous aider à y voir plus clair :)