Qu’est-ce que l’éducation populaire ?

Procédures et procédés pédagogiques de l’éducation populaire

Les hommes, notamment ceux qui subissent les événements, ont un urgent besoin de s’exprimer, de mettre des mots sur ce qu’ils vivent, d’apprendre à voir, de comprendre, de s’engager en sachant mieux l’Histoire qu’ils font. "Substituer enfin l’ambition d’éclairer les hommes à celle de les dominer", disait déjà Condorcet dans son Projet d’instruction publique de 1792. "Avoir la science de son malheur", dira cent ans plus tard Fernand Pelloutier, l’initiateur des Bourses du travail.

L’éducation populaire est tout le contraire d’un acte pédagogique autoritaire qui va de ceux qui savent aux apprenants. Elle est un processus d’autorisation à dire et à faire ce qui était ou semblait préalablement interdit. Comment procède-t-elle ? L’histoire de l’éducation populaire spontanée ou agréée par l’État témoigne d’un foisonnement d’expériences dans les lieux et les domaines les plus divers : loisirs, quartiers, école, médias, monde du travail, espaces ruraux, hôpitaux psychiatriques, prisons… On peut cependant identifier quelques principes et processus qui éclairent, guident et sous-tendent les procédures et procédés pédagogiques :

Le "voir, comprendre, agir"

Le "voir, comprendre, agir" qui pendant longtemps servit de guide aux mouvements sociaux, de jeunesse et d’éducation populaires de toutes obédiences (républicaines, chrétiennes, socialistes, communistes, anarcho-syndicalistes…). Le "comprendre" n’est pas premier comme c’est le cas dans l’instruction. Il s’appuie sur l’observation à partir du point de vue où l’on se trouve et est orienté vers l’action, en situation.

Le processus "paroles, savoirs, œuvre, pouvoir, émancipation"

Le processus "paroles, savoirs, œuvre, pouvoir, émancipation" expérimenté et formalisé par Pierre Roche, sociologue au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq), où l’on voit que, de part en part, la culture est au travail, ouvre à la création (sociale, artistique, intellectuelle…), génère des savoirs "inouïs", chacun pouvant alors devenir "œuvrier" comme le dit si joliment Bernard Lubat. La mise en jeu qui a son origine dans la parole, même la plus modeste, devient "mise en je" comme le montre l’expérience accompagnée par Armand Gatti dans le quartier de la Croix des oiseaux à Avignon au début des années 1990 et qui conduit quinze jeunes en situation d’exclusion à la création de Ces empereurs aux ombrelles trouées jouée dans le cadre du festival.

Partir de ce qui affecte et indigne les gens

Partir de ce qui affecte et indigne les gens (voir les expériences de l’Université populaire – Laboratoire social de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Ris-Orangis) et ainsi privilégier l’approche ascendante et transversale de la construction des savoirs à l’inculcation descendante qui est encore souvent celle de l’instruction et de l’éducation du peuple.

Redonner un statut pédagogique et politique au conflit

Redonner un statut pédagogique et politique au conflit dans une société qui le refoule (voir Benasayag et Del Rey, Éloge du conflit) et lui préfère la violence ou les faux consensus. L’éducation populaire doit au contraire s’évertuer à réveiller les contradictions, à les mettre en mots et en travail de transformation visant à les dépasser, à traduire les rapports de violence réelle ou potentielle en rapports de sens.

Source : Christian Maurel, sociologue, cofondateur du collectif national Education populaire et transformation sociale
Le Monde du 02/02/2011

Autres éléments...

Dans l’éducation populaire, on n’est pas dans un contexte d’autorité, mais dans un contexte d’autorisation. L’accompagnateur est à la fois un peu éducateur, un peu instructeur, un peu médiateur, un peu animateur. Ce n’est pas l’animateur qui préconstruit le parcours, c’est lui qui permet que le parcours ait lieu.

Éducation, savoir... Mais qu’est-ce que le savoir ?

Le savoir est émancipateur à partir du moment où il existe dans une co-construction avec ceux qui apprennent, quand les gens sont acteurs de la construction de leur propre savoir.

La production d’un savoir critique peut être aussi autoritaire que la production d’un savoir académique. Les méthodes partent de ce qui préoccupe les gens, de ce qui les indigne bien plus que de ce que l’intervenant sait.

Principes de l’éducation populaire

Dé-hiérarchisation des savoirs, autogestion, paroles libres, définition collective des contenus.
Si nous voulons être cohérents, il nous faut nous appliquer ces principes à nous-mêmes, dans la façon dont nous pratiquons l’animation.

Différents courants de l’éducation populaire

On peut identifier plusieurs courant principaux dans l’éducation populaire. Ils ne s’opposent pas forcément, mais leurs différentes perceptions entraînent des pratiques parfois différentes.
Le courant dominant de l’éducation populaire est sans doute le courant socio-éducatif et socio-culturel. L’éducation populaire est conçue comme complémentaire à l’école. Si l’éducation est le 1er moteur de l’émancipation, l’école ne suffit pas à l’éducation, et donc l’éducation populaire la complète.
Un autre courant de l’éducation populaire est un courant d’origine généralement confessionnelle, et qui a une appréciation très globale de l’éducation, et des champs que recouvrent l’éducation populaire.
Et il y a enfin le courant ouvrier, qui met vraiment la question de l’émancipation au cœur de l’éducation populaire.
(Source : Olivier Donard, LERIS)
www.leris.org

Quels sont les objectifs de l’éducation populaire ?

L’éducation populaire vise à l’émancipation des individus, et à leur émancipation non pas individualiste, mais au sein de la société.

Pour qu’il y ait émancipation, il faut plusieurs conditions :
- Un fonctionnement démocratique ;
- Partir de la préoccupation des individus ;
- Puis passer de l’individuel au collectif ;
- Prendre conscience et faire prendre conscience que tous les problèmes ont une cause sociale. Il s’agit de déculpabiliser + de conscientiser ;
- Montrer qu’il est possible de changer le monde ;
- Démontrer que pour changer le monde, il faut jouer collectif.
(Source : Olivier Donard, LERIS)
www.leris.org

Voir aussi sur ce site : http://adeline.lepinay.org